3 mai 2015

"Au secours" ?

Le printemps, chez les animaux, c'est le mois des naissances. Oiseaux et mammifères n'échappent pas à la règle. Il arrive fréquemment que des promeneurs se trouvent face à un jeune oisillon ou un jeune faon de chevreuil "abandonné" en forêt. Une expérience toute récente m'invite à faire le point.
Parce que plusieurs questions s'imposent avant d'agir : L'animal est-il vraiment en détresse? Faut-il intervenir? Si oui, comment? Que faire? Si on intervient, est-ce vraiment une bonne chose pour l'animal?

Voici quelques pistes de réponses :

Le premier conseil à donner, la première chose à retenir est : NE PAS SE PRÉCIPITER D'INITIATIVE!
En effet, cela peut avoir des effets fâcheux, et ce tant pour l'animal que pour vous-même :

La question du faon de chevreuil :

Les faons, dans les premiers jours de leur vie, sont peu mobiles : ils se tiennent couchés à l'abris de la végétation du sous-bois, au cœur d'un fourré de fougères ou de ronces. La chevrette n'est jamais très loin et tentera de détourner tout intrus loin de lui. Une fois le danger écarté, attirée par ses appels, elle reviendra alimenter son faon qu'elle reconnaîtra à l'odeur. Tenter de déplacer le jeune animal, c'est risquer de l'imprégner de notre odeur et de provoquer ainsi l'abandon du petit par la mère. Si l'acheminement vers un vétérinaire ou un centre de revalidation était malgré tout effectué, sachez que cela condamnerait l'animal. Le chevreuil est en effet un animal sensible au stress qui ne supporte pas la captivité. Très peu de faons y survivent et, si c'était malgré tout le cas, leur imprégnation à l'homme rendrait leur remise en liberté et leurs chances de survie fortement compromises. La chose ne serait à tenter qu'en cas de mort avérée de la chevrette.

La question des oiseaux :

L'expérience qui m'amène à cet article est celle de quelques jeunes chouettes hulottes : en une semaine, le public forestier avec lequel je suis en contact a manifesté son inquiétude face à la découverte de deux oisillons de hulottes, dans le même quartier de mon triage.

Le premier cas concernait ce petit posé bien en évidence sur une branche au carrefour de deux chemins très fréquentés. Interpellations de quelques promeneurs, jusqu'à ce coup de téléphone d'une dame me demandant ce que je comptais faire. Ma réponse avait de quoi l’interpeller, elle qui décrivait l'oisillon comme "mal en point" : "Rien, madame : Il n'est pas mal en point, il dort. Ce soir, il reprendra ses déplacements et appellera ses parents qui viendront le nourrir"




Car chez les chouettes hulottes, comme chez de nombreux oiseaux, les juvéniles quittent très tôt le nid pour s'aventurer alentours, bien avant d'être capables de voler! Se promener en forêt la nuit, en cette saison, est la promesse de concerts d'appels plaintifs des jeunes se signalant aux adultes afin qu'ils puissent les retrouver.
Dans ce cas-ci, donc, ne rien entreprendre est la meilleur option.




Le deuxième cas est plus délicat : Une promeneuse trouve une jeune chouette hulotte à même le sol, à proximité d'un sentier dans un quartier de forêt fortement fréquenté par les promeneurs et leurs chiens - qui plus est dans une zone où la laisse n'est pas obligatoire. Elle pense que l'oiseau est blessé, peut-être une aile cassée. Nous nous connaissons bien, elle sait où j'habite et elle m'apporte l'oisillon. A-t-elle bien fait d'intervenir?

Dans ce cas-ci, oui : il est évident que, se trouvant au sol et dans l'impossibilité de s'envoler, l'oisillon se trouvait effectivement en situation périlleuse face aux chiens et autres prédateurs potentiels (renards, putois ou fouines).
Mais fallait-il que cette brave dame intervienne elle-même? Ce faisant, elle a pris le risque de se faire sérieusement blesser par ce jeune rapace qui sait fort bien se servir de ses serres et de son bec! Heureusement, il n'y a pas eu de mal et j'ai pu prendre l'animal en charge. Un bref examen pour m'assurer que l'oisillon n'était pas blessé, j'ai pu le ramener à l'endroit où il a été trouvé, et le placer en hauteur, à l'abris des regards. Quelques minutes plus tard, j'apercevais l'adulte survoler la zone. Le soir, concert de cris.

















A retenir donc, en guise de conseils :
-  Évitez d'intervenir vous-même, dans votre intérêt et celui de l'animal.
- Sachez où trouver le garde forestier : en forêt de Soignes, les gardes forestiers sont logés par l'administration afin d'être, à tout moment, au service du public.
- Ayez avec vous le n° de téléphone d'un centre de revalidation pour animaux sauvages. Ces structures disposent d'un réseau de bénévoles ou de professionnels possédant matériel et expérience.
  • Pour Bruxelles, le CROH de la Ligue Royale Belge de Protection des Oiseaux. Ils s'occupent de toute la faune sauvage.
  • Pour la région wallonne, le réseau CREAVES.
  • Pour la région flamande, le VOC de Geraardsbergen-Lierde
-  PRIORITÉ À L'INTÉRÊT DE L'ANIMAL !


Bonnes promenades et joyeux printemps!