5 juin 2015

La forêt de Soignes au Cinquantenaire, c'était le 7 juin 2015.



Ce dimanche 7 juin 2015, c'était la fête de l'Environnement au parc du Cinquantenaire.

Comme chaque année, un morceau de forêt de Soignes y était présent : ambiance visuelle, olfactive et sonore. Nous y étions, l'ingénieur forestier, un surveillant et moi-même, pour répondre aux questions du public sous un soleil radieux.

Vous n'y étiez pas?

Qu'à cela ne tienne : ne manquez pas les prochaines éditions!




















Modifié le 9 juin 2015

3 mai 2015

"Au secours" ?

Le printemps, chez les animaux, c'est le mois des naissances. Oiseaux et mammifères n'échappent pas à la règle. Il arrive fréquemment que des promeneurs se trouvent face à un jeune oisillon ou un jeune faon de chevreuil "abandonné" en forêt. Une expérience toute récente m'invite à faire le point.
Parce que plusieurs questions s'imposent avant d'agir : L'animal est-il vraiment en détresse? Faut-il intervenir? Si oui, comment? Que faire? Si on intervient, est-ce vraiment une bonne chose pour l'animal?

Voici quelques pistes de réponses :

Le premier conseil à donner, la première chose à retenir est : NE PAS SE PRÉCIPITER D'INITIATIVE!
En effet, cela peut avoir des effets fâcheux, et ce tant pour l'animal que pour vous-même :

La question du faon de chevreuil :

Les faons, dans les premiers jours de leur vie, sont peu mobiles : ils se tiennent couchés à l'abris de la végétation du sous-bois, au cœur d'un fourré de fougères ou de ronces. La chevrette n'est jamais très loin et tentera de détourner tout intrus loin de lui. Une fois le danger écarté, attirée par ses appels, elle reviendra alimenter son faon qu'elle reconnaîtra à l'odeur. Tenter de déplacer le jeune animal, c'est risquer de l'imprégner de notre odeur et de provoquer ainsi l'abandon du petit par la mère. Si l'acheminement vers un vétérinaire ou un centre de revalidation était malgré tout effectué, sachez que cela condamnerait l'animal. Le chevreuil est en effet un animal sensible au stress qui ne supporte pas la captivité. Très peu de faons y survivent et, si c'était malgré tout le cas, leur imprégnation à l'homme rendrait leur remise en liberté et leurs chances de survie fortement compromises. La chose ne serait à tenter qu'en cas de mort avérée de la chevrette.

La question des oiseaux :

L'expérience qui m'amène à cet article est celle de quelques jeunes chouettes hulottes : en une semaine, le public forestier avec lequel je suis en contact a manifesté son inquiétude face à la découverte de deux oisillons de hulottes, dans le même quartier de mon triage.

Le premier cas concernait ce petit posé bien en évidence sur une branche au carrefour de deux chemins très fréquentés. Interpellations de quelques promeneurs, jusqu'à ce coup de téléphone d'une dame me demandant ce que je comptais faire. Ma réponse avait de quoi l’interpeller, elle qui décrivait l'oisillon comme "mal en point" : "Rien, madame : Il n'est pas mal en point, il dort. Ce soir, il reprendra ses déplacements et appellera ses parents qui viendront le nourrir"




Car chez les chouettes hulottes, comme chez de nombreux oiseaux, les juvéniles quittent très tôt le nid pour s'aventurer alentours, bien avant d'être capables de voler! Se promener en forêt la nuit, en cette saison, est la promesse de concerts d'appels plaintifs des jeunes se signalant aux adultes afin qu'ils puissent les retrouver.
Dans ce cas-ci, donc, ne rien entreprendre est la meilleur option.




Le deuxième cas est plus délicat : Une promeneuse trouve une jeune chouette hulotte à même le sol, à proximité d'un sentier dans un quartier de forêt fortement fréquenté par les promeneurs et leurs chiens - qui plus est dans une zone où la laisse n'est pas obligatoire. Elle pense que l'oiseau est blessé, peut-être une aile cassée. Nous nous connaissons bien, elle sait où j'habite et elle m'apporte l'oisillon. A-t-elle bien fait d'intervenir?

Dans ce cas-ci, oui : il est évident que, se trouvant au sol et dans l'impossibilité de s'envoler, l'oisillon se trouvait effectivement en situation périlleuse face aux chiens et autres prédateurs potentiels (renards, putois ou fouines).
Mais fallait-il que cette brave dame intervienne elle-même? Ce faisant, elle a pris le risque de se faire sérieusement blesser par ce jeune rapace qui sait fort bien se servir de ses serres et de son bec! Heureusement, il n'y a pas eu de mal et j'ai pu prendre l'animal en charge. Un bref examen pour m'assurer que l'oisillon n'était pas blessé, j'ai pu le ramener à l'endroit où il a été trouvé, et le placer en hauteur, à l'abris des regards. Quelques minutes plus tard, j'apercevais l'adulte survoler la zone. Le soir, concert de cris.

















A retenir donc, en guise de conseils :
-  Évitez d'intervenir vous-même, dans votre intérêt et celui de l'animal.
- Sachez où trouver le garde forestier : en forêt de Soignes, les gardes forestiers sont logés par l'administration afin d'être, à tout moment, au service du public.
- Ayez avec vous le n° de téléphone d'un centre de revalidation pour animaux sauvages. Ces structures disposent d'un réseau de bénévoles ou de professionnels possédant matériel et expérience.
  • Pour Bruxelles, le CROH de la Ligue Royale Belge de Protection des Oiseaux. Ils s'occupent de toute la faune sauvage.

  • Pour la région wallonne, le réseau CREAVES.
  • Pour la région flamande, le VOC de Malderen
-  PRIORITÉ À L'INTÉRÊT DE L'ANIMAL !


Bonnes promenades et joyeux printemps!


16 mars 2015

Le temps du rajeunissement #1

Pour aborder le sujet de la régénération artificielle de la forêt, il m'a été difficile de décider par où commencer : le syndrome de l’œuf et de la poule. Car qu'est-ce qui débute le processus? Est-ce l'abattage du peuplement mature ou la plantation du futur peuplement? Je fais le choix de la deuxième option.

Encore que la mise en place de cette plantation est elle-même précédée de tâches préliminaires incontournables : le devis de plantations que rédigera le garde forestier, comprenant l'analyse stationnelle de la parcelle, les essences qu'il plantera, la commande des plants et la préparation de la parcelle par les ouvriers forestiers. Je reviendrai sur ces étapes un autre jour. La commande des plants prévoit la sélection du pépiniériste sur base de critères de qualité des plants définis dans le cahier des charges.

Une des opérations les plus importantes dans le cadre d'une régénération forestière est la réception des plants, opération dont le but est de contrôler la qualité des plants livrés et le respect du cahier des charges : origine des graines dont les plants sont issus, respect des conditions de transport, nombre de plants, dimensions, rectitude des tiges, état racinaire, absence de blessures, nécroses ou défauts, etc. Le travail ne manque pas et le personnel de chaque brigade, gardes et ouvriers, participe à l'opération.


Livraison des plants :
Les plants doivent être protégés du dessèchement durant le transport : dessèchement de la tige et de ses bourgeons comme des racines. Tout camion qui arriverait avec du matériel non bâché serait immédiatement renvoyé, son chargement refusé.






Briefing des gardes et contrôles des papiers :
Le briefing vise à faire le point sur la méthodologie du contrôle, avec une analyse de la façon dont il a été opéré l'année précédente. L'ingénieur contrôle ensuite les certificats qui attesteront du respect du cahier des charges, principalement en ce qui concerne la provenance génétique des plants. Une des clauses majeures du cahier des charges prévoit en effet que les plants livrés soient de provenances recommandables. Le respect des provenances sera le garant de l'adéquation des plants avec les conditions de station de la parcelle où ils seront installés (nature et texture du sol, altitude, climat).

Déchargement et distribution :
Les ouvriers forestiers aident au déchargement du camion et, sous les directives des chefs de brigades, répartissent les bottes de plans, essences par essences, en fonction des commandes de chaque brigade. Les plants sont immédiatement placés à l'abris de bâches avant le contrôle.



 



Contrôle statistique :
En fonction des essences, les gardes prélèvent, au hasard, un nombre déterminé de bottes de plants afin d'effectuer un échantillonnage statistique qui sera contrôlé.
Le contrôle porte sur le respect du nombre de plants par bottes, le respect des dimensions des plants, leur état de fraîcheur (bourgeons et racines), la force du collet, la rectitude de la tige et du système racinaire, la présence suffisante de chevelu racinaire, l'absence de défauts (fourche, déséquilibre du plant, ...) ou de blessures, etc.






Transport vers les différentes brigades :
Si l'on attache de l'importance à la protection des plants lors de leur transport depuis la pépinière jusque chez nous, il s'agit de prendre les mêmes mesures lors de notre propre transfert vers les pépinières des brigades. Les plants sont donc chargés à bord des camions ou remorques et soigneusement bâchés.



Pralinage des racines :
De la bonne terre et de l'eau dans une bassine, voilà qui nous fait un bon pralin dans lequel seront trempées les racines des plants avant leur mise en jauge. Ça permettra de préserver le chevelu racinaire du dessèchement. Plus tard, au moment de la plantation, un pralinage offrira de meilleures conditions de reprise des plants.




Mise en jauge :
Il peut se passer plusieurs semaines entre la réception des plants et leur plantation effective. Il s'agit alors, encore et toujours, de protéger les racines de la dessiccation. Les plants sont donc disposés en jauge dans une pépinière forestière : couchés les uns contre les autres dans une succession de tranchées, partiellement recouvertes de terre pour protéger les racines, et orientés pour être protégés du vent.






La suite dans le prochain épisode : la plantation


3 janvier 2015

2015

C'est officiel : Sylva Brosella a obtenu l'autorisation d'être diffusé. J'en profite pour souhaiter à chaque lecteur une excellente année 2015!


"Forestier, mon frère

Tu as choisi de veiller sur ce qu'il y a de plus grand et de plus beau ici-bas

La Nature 
Sauve-la où elle est en péril

Guide-la où elle s'égare

Recrée-la où elle disparaît 
Ton travail est à l'échelle de l'éternité

Ton action conditionne toute vie 
Forestier, mon frère

Tu as la chance d'avoir le plus beau métier du Monde 
Sois en fier
Mais surtout

Sois-en digne"

Poème. Office du Développement des Entreprises Forestières du Togo (O.D.E.F.)


Futaie de pins noirs - Première brigade - Triage des Bonniers

11 février 2014

Pompe, attention : Danger!

Le garde forestier, parmi ses missions, a la responsabilité de surveiller l'état sanitaire des arbres de bordures des chemins, ainsi que sur une bande de 50 mètres des infrastructures de mobilité (routes et autoroutes, voies de chemins de fer) ou des lisères bâties. Il veille, lors de ses tournées d'inspection, à repérer les indices de dangerosité sur ces arbres (champignons, défaut structurels, dépérissement ou instabilité racinaire, etc). Il procède à leur inventaire et prend les mesures qui s'imposent pour supprimer tout danger. C'est la raison pour laquelle le service forestier bruxellois peut se permettre, avant d'interdire la circulation en forêt, d'attendre des conditions météo plus fortes que pour les parcs.

Drève des Enfants Noyés - Première brigade - Triage de Boendael
Aux lendemains du passage d'une tempête, le danger reste grand : certains arbres peuvent être déstabilisés ou des branches fragilisées, et leur chute peut survenir même plusieurs jours après l'épisode climatique.

C'est le cas, par exemple, de ce que le forestier appelle une "pompe" : sous l'effet du vent, une partie des racines sont rompues. Les effets de balancier subis par l'arbre lui font soulever ses racines qui viennent ensuite se remettre dans le sol dans un mouvement de va-et-vient. Lorsque le sol est gorgé d'eau, cette eau et les limons ou sables ou argiles sont projetés à la surface et forment une tache caractéristique. Le risque est grand de voir l'arbre chuter dans la direction opposée à cette tache.




Drève St-Hubert - Première brigade - Triage de l'Infante
Taches caractéristiques de "pompe"
Chemin du Pivert - Première brigade - Triage des Bonniers
Tache caractéristique de "pompe"



Ce dimanche, il a fallu intervenir sur un tel arbre en bordure de la drève des Bonniers, à Uccle. En l'absence d'intervention, l'arbre risquait bel et bien de tomber en soulevant sa galette racinaire et ainsi arracher dans sa chute une partie du chemin. Voici à quoi ressemble un "arbre qui pompe" :



Drève des Bonniers - Première brigade - Triage de St-Hubert


La plus grande prudence recommande donc au promeneur d'éviter la forêt non seulement lors de vents en rafales et plus encore lors d'épisodes de tempête, mais également durant les jours qui suivent, le temps que le service forestier puisse intervenir sur les arbres dangereux.




6 septembre 2013

Le Miraculé et le Solidaire

Il est parfois bon de voir tomber un arbre dans un étang et de l'y laisser : il crée une niche favorable au développement de la biodiversité : zone de fraie pour les poissons, abris ou affût, également, selon qu'ils sont prédateur ou proie. Les oiseaux d'eau aussi profiteront de ses branches émergeant à la surface, canards, poules d'eau et foulques pour s'y poser ou nicher, hérons pour s'y poster en affût. Il arrive que l'on provoque cette situation.

Alors comment un bûcheron s'y prend-il pour orienter la chute de l'arbre? Petite explication illustrée :


1 : Le bûcheron fait une entaille de direction de chute; il découpe un quartier dont l'angle est perpendiculaire à l'axe de chute
2 : Il procède ensuite à une coupe horizontale qui créera la charnière qui va diriger l'arbre
3 : L'arbre tombe dans la direction prévue

Cette histoire, j'aime la raconter lors des visites guidées que je fais de temps à autres. Une de mes amies a été touchée par ce récit et le raconte avec un talent de conteuse certain, bien supérieur au mien. Je me permets donc de présenter son texte :

"Il y a quelques années, un forestier soucieux d’enrichir la biodiversité de la forêt fut d’avis qu’un hêtre au bord de l'étang du Fer à Cheval profiterait plus à l’écosystème aquatique qu’à celui du sentier qu’il bordait."



"C’est ainsi qu’un jour, il s’attela à la tâche : il entailla le tronc un peu au-dessus de sa base, côté étang, afin d'extraire un angle qui orienterait la chute de l’arbre dans cette direction. La deuxième encoche ouvrit, comme prévu, une profonde entaille dans le tronc, formant ainsi la charnière et une poussée suffit à le mettre en mouvement… mais l'arbre avait à peine commencé à s’incliner en craquant qu’il s’immobilisa tout net!"


"L’homme, ne constatant à première vue aucun obstacle, leva les yeux et découvrit avec stupeur que du hêtre qui faisait face au condamné, de l’autre côté du chemin, partait une branche à l’extrémité de laquelle une torsion, telle une main autour du cou d’un ami, empêchait l’autre de s’éloigner de lui."




"Le forestier, touché, gracia le hêtre condamné, se
disant qu’il allait sans doute, de toutes façons, mourir de la blessure qui lui avait été infligée. Il n’en fut rien : l’arbre dut être revitalisé par l’amitié de son vis à vis, car il développa à la base de son tronc un solide bourrelet cicatriciel."



"Le Miraculé vit toujours aujourd'hui, se mirant dans l'eau de l'étang, tendrement enlacé par le Solidaire."














18 juin 2013

Orchidées bruxelloises

Le savez-vous? La région bruxelloise abrite six espèces d'orchidées! Bien sûr, il faut avoir l’œil pour les découvrir car elles ne sont pas aussi spectaculaires que les orchidées exotiques vendues chez les fleuristes. Cependant, pour l'observateur éclairé, il en est au moins une qui pourra être observée facilement malgré sa floraison discrète :




L'helléborine, ou épipactis à large feuille (Epipactis helleborine). Sa floraison débute habituellement en juin et, en forêt de Soignes, ne s'étend pas au delà de juillet alors que la flore française renseigne une floraison étalée de juin à septembre. C'est la plus fréquente des orchidées bruxelloises, et celle dont l'aire régionale de répartition est la plus étendue. On la trouve en effet aussi bien en Soignes que dans les bois périphériques.

La néottie nid-d'oiseau (Neottia nidus avis), quant à elle est nettement plus rare, exceptionnelle même! En dix ans, je n'en ai vu qu'un seul exemplaire... dont j'ai réussi à louper la photo! (Source photo : Jérôme Salvi sur beauté sauvage).
Il s'agit probablement de l'orchidée la plus incroyable de notre flore : elle ne possède pas de chlorophylle et n'assure donc pas de fonction chlorophyllienne, c'est à dire qu'elle n'est pas capable de synthétiser les sucres nécessaires à son métabolisme. Ses sucres, elle doit les trouver ailleurs! Et c'est en semi-parasite que cette orchidée obtient ses glucides. Elle pousse sur un champignon qui vit en symbiose avec un arbre : le champignon reçoit de l'arbre des glucides en échange d'éléments minéraux que l'arbre n'est pas en mesure d'assimiler seul ; l'orchidée puise à son tour ses glucides sur le champignon.




L'orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii), de tempérament calcicole est présent au Laerbeek, même si fort géolocalisé. Le feuillage basilaire marbré le fait passer totalement inaperçue jusqu'à sa floraison à cheval sur juin et juillet : l'hampe florale peut atteindre 70-80cm et porte un bel épi de fleurs blanches marquées de pourpre.



La double-feuille, ou listère ovale (Neottia ovata) est encore une orchidée calcicole qui pourrait passer totalement inaperçue tant ses fleurs vertes sont invisibles au sein de la végétation. Deux grandes feuilles ovales à la base d'une hampe florale qui mûrit au mois de mai devraient dissuader le promeneur de la réserve naturelle du Poelbos de quitter les chemins de peur de l'écraser. Cette photo est prise au bois de Laerbeek, mais il en existe une petite station en forêt de Soignes, sur le triage de Boendael.



La présence de l'ophrys abeille (Ophrys apiphera) à Bruxelles est spectaculaire! Il s'agit encore d'une espèce calcicole. C'est une orchidée rare et précieuse, aux fleurs dignes des plus belles exotiques - quoique de taille beaucoup plus modeste. Je me garderai bien de renseigner ses localisations afin de la préserver de la tentation des collectionneurs.




De même que l'orchis négligé (Dactylorhiza praetermissa), une orchidée pyramidale à la floraison fushia remarquable, dont je n'ai vu également qu'un exemplaire à Jette mais qui a été également, tout comme l'orchis abeille, renseignée en forêt de Soignes.

22 mai 2013

Marteaux


Pour le promeneur forestier curieux, le printemps est le moment d’une ambiance forestière particulière : le martelage*. Il s’agit de l’opération qui consiste à choisir et marquer les arbres qui constitueront les lots mis en vente en automne et exploités dès l’hiver suivant.

Le martelage est à coup sûr l’acte fondamental et ultime de notre fonction de techniciens forestiers, la synthèse et l'expression sur le terrain de toutes les notions théoriques et techniques acquises pour remplir l'un des principaux objectifs de la gestion des peuplements forestiers : produire du bois de qualité pour la filière bois tout en préservant les impératifs de conservation de la biodiversité. Il s’agit également d’un des rares travaux effectués en brigade, avec l’ensemble des collègues et sous la supervision de l'ingénieur forestier.



Trois types de martelages sont pratiqués :
- Le martelage petits et moyens bois, ou martelage d’éclaircie*, qui consiste à laisser progressivement au cours de la vie du peuplement de la place aux arbres d’avenir, les arbres au meilleur potentiel visés par les objectifs de gestion ; il se pratique en gérant la concurrence entre les arbres.
- Le martelage gros bois, qui permettra de prélever les arbres arrivés au terme d’exploitabilité fixé par le plan de gestion.
- Le martelage des chablis*, arbres accidentés par des épisodes climatiques, auxquels sont joints les arbres dangereux (bords de chemins, de voiries ouvertes à la circulation et lisières résidentielles).

Les outils utilisés sont anciens et ancrés dans les traditions du métier :


- Le marteau forestier* nous permet d'enlever un morceau d’écorce laissant apparaitre le bois clair, la flachure* visible de loin et au cœur de laquelle nous frappons le sceau royal*
- Avec la rouanne*, nous frappons les numéros que les gros bois porteront dans le lot.
(Photo: Google)
- Nous utilisons enfin la griffe forestière* pour donner des indications : orientation de chute obligatoire ou étêtage de l’arbre pour préserver une régénération ou une lisière.


- Les circonférences ou diamètres des arbres sont mesurés à l’aide du pied à coulisse* ou du mètre ruban*








  
Flachure
Sceau royal

Martelage de régénération en coupe à blanc*

Pour les forestiers, le martelage offre une ambiance précieuse : le cris des mesures et des essences, la réponse du brigadier, le choc des marteaux résonnant loin, et les discussions, parfois, sur le choix de tel ou tel arbre pour favoriser tel autre. Travail de concentration, en terrain ou conditions climatiques parfois plus difficiles, il offre la satisfaction du forestier et donne lieu en fin de saison à un repas bien mérité entre collègues.


NB: Chaque mot marqué d'un astérisque est défini dans le lexique de la page consacrée à la sylviculture.

16 mars 2013

"On ne peut rien faire ici !" #1

Je l'ai évoqué dans le chapitre sur la fonction récréative : Je viendrai régulièrement expliquer, par le biais de développement des différents articles du "Code du Promeneur", les enjeux de la fonction récréative de la forêt de Soignes, et les raisons de la réglementation qui y est appliquée.


#1 : Respectez l'affectation des chemins
Ce premier article m'a été inspiré par la rencontre, un soir, d'un groupe d'une dizaine de vététistes dans le sentier de la Source Laineuse.

Or les sentiers sont interdits aux cyclistes...



Sentier des Maianthèmes
Première brigade
Triage de Boendael

Le première motif d'interdiction auquel on pense est la cohabitation entre cyclistes sportifs et promeneurs à pieds tant il est vrai que les incidents sont légions. Et la réaction des cyclistes croisés ce soir là ne s'est pas faite attendre : "Il n'y a pas de promeneurs à cette heure! Qui dérange-t-on?"
Seulement voilà : Au delà du fait que certains promeneurs ou joggeurs fréquentent bel et bien ces sentiers tard dans la journée, après leurs heures de travail ou même de nuit, la principale motivation de cette interdiction tient du fait que ces voiries n'ont pas été aménagées par un revêtement leur permettant de supporter la pression des vélos. La faible surface de contact du pneu d'un vélo implique une telle pression au cm² que les passages répétés de cyclistes provoquent érosion, ornières, bourbiers, etc. Ces dégâts, aggravés par la structure-même des pneus des VTT, finissent par rendre le sentier impraticable. Cela entraîne également un élargissement de ces voiries par les contournements qu'opèrent alors piétons et cyclistes pour éviter ces bourbiers.





Une autre raison est le comportement excessif de certains vététistes dans la pratique de leur sport. Pratique qui les pousse à profiter de la moindre bosse, du moindre talus et parfois même du lit des ruisseaux bordant nombres de ces sentiers. Et là encore, les dégâts sont importants, comme peuvent en témoigner ces photos montrant l'effet de passages de vététistes sur un talus bordant un sentier ou l'orniérage provoqué sur un autre tronçon du même sentier. Quant aux ruisseaux qui longent certains de ces sentiers, ils représentent des sites de reproduction d'espèces rares et protégées telles que les tritons ou la salamandre tachetée, particulièrement sensible à la perturbation de son milieu.

Sentier et ruisseau du Vuylbeek - Première brigade - Triage de l'Infante
Sentier du Vuylbeek - Première brigade - Triage des Bonniers 





Et que dire de cette photo-ci? Lorsque j'ai fait réaliser ces quelques marches, elles occupaient la totalité de la largeur du sentier et étaient bordées de chaque côté d'un petit talus couvert de végétation. Les passages répétés de cyclistes sur les côtés des marches ont considérablement marqué le terrain :

Sentier du Vuylbeek - Première brigade - Triage des Bonniers

Une alternative s'offre aux vététistes en quête de terrains techniques et exigeants : 27km de piste prévus pour leur activité, une boucle de sentiers au relief attrayant. Un  autre lien intéressant à consulter pour chacune de vos activités en forêt de Soignes : la Plateforme Forêt de Soignes.

Gardez à l'esprit que quelque soit votre activité en forêt, l'impact que celle-ci peut avoir n'est pas à appréhender à l'échelle de l'individu : Vous, vous n'aurez jamais qu'un impact relativement modéré (quoique sous-estimé). Mais cet impact doit être évalué à l'échelle de la fréquentation de la forêt. Nous verrons bientôt les résultats éloquents d'une enquête réalisée durant l'année 2011 sur la fréquentation du public en forêt de Soignes.
A bientôt, donc.